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Protection des posidonies

M. LaurentISNARDPréfet Maritime de MéditerranéePréfecture Maritime de MéditerranéeBCRM de ToulonBP 90083800TOULONCedex 9Marseille, 5octobre2020Objet: avis de FNE Provence Alpes Côte d’Azur dans le cadre de la consultation sur la réglementation des mouillages sur le littoral varoisMonsieur le PréfetMaritime,La façade française méditerranéenneest particulièrement concernée par l’impact des mouillages sur les sites oùse développent les herbiers de posidonies, et le département du Var ne fait pas exception. Les nombreux atouts écologiques de ces herbiers de posidoniesont connus de même que leur rôle dans la protection du littoralrenforcé dans le contexte de montée du niveau des mers. Malgré leurstatut d’espèce protégée,leursurface est enrégression depuis une cinquantaine d’années en raison de l’insuffisance de la réduction,entre autres,des impacts directs et indirects de la plaisance.Aussi le mouvementFrance Nature EnvironnementenProvence Alpes Côte d’Azura-t-il prisacteavec intérêt la démarchelancéepar vos servicesconcernant lastratégie de gestion des mouillages en Méditerranéeavec lerenforcement progressif de la réglementation parl’arrêté préfectoral 123-2019décliné aujourd’hui par les futursarrêtés locaux dans le Var. Cepremier ensembleréglementaire constitueraundébut de réponse permettant d’espérer ralentir la régression desherbiersen améliorantla situation anarchiquedes mouillages constatée jusqu’à présent.Les représentants de FNE des différents départements ont activement participé aux concertations locales organisées par les DDTM et ont vu certaines de leurs propositions et remarques prises en compte. Nous apprécionsdoncque cettedémarcheaboutisseprochainement avec la prise des arrêtés. Notre mouvement espère aussi que la démarche menéepour protéger les herbiers deposidoniessera prolongéeet étendue, notamment sur les axes suivants: •Aboutir à une réglementation et des pratiques applicables à l’ensemble de la plaisance, toutes tailles de bateaux confondues. •Protéger les herbierssains, en temps qu’espèce mais aussi en tant qu’habitat,par des zones « tampons » suffisamment larges incluant les herbiers de moindre densité ou qualité ainsi quela matte morte. En effet, la reconstitution d’un herbier est envisageabledès lors que la pression anthropique est réversible et stoppée. Compte tenu de la durée de vie et de croissance de cette espèce, cette reconstitution demande du temps, pouvant aller au-delà des échelles temporelles humaines. Leurprotection est donc d’autant plus impérative.Ce pointest illustré par le cas de la baie de Bandol, où la zone ouverte au mouillage autorisé empiète sur des zones de recul de l’herbier. La fréquentation,qui pourrait être induite sur cette zone, la seule autorisée à l’ouest du Cap Sicié, pourrait accentuer le recul de l’herbier jusqu’à créerdes dommages sur l’herbier encore sain. 2•Protéger rapidement les autres habitatssensiblesabritant d’autres espèces protégées, telslecoralligène, les tombants, les prairies de Cymodocées… afin d’éviter tout transfert des impacts des mouillages en particulier des bateaux les plus grands sur ces écosystèmes. •Définir et encadrer strictement la mise en œuvre des outils de mouillage écologique (et notamment des ZMEL): lieu d’implantation, surface, nombre et qualité des bateaux accueillis, durée maximale de stationnement, comités de suivi impliquant des représentants locaux d’associations environnementales, etc.Compte tenu des caractéristique de développement des Posidonieset des différents rôles de l’herbier, le principe Eviter –Réduire –Compenser doit donc être appliquépar les deux premiers items, compenser la disparition de l’herbier étant quasi impossible.Il s’agit bien que la vocation de ces outils reste laprotection des milieux enne devenantpas, au motif qu’ils permettent (dans une certaine limite) un mouillage « écologique », un moyen de développement supplémentaire pour la plaisance. Une ZMEL ne doit en aucun cas devenir un port en mer !Nous souhaitons enfinattirer également votre attention surl’impact que pourraient avoirces zones de mouillage sur d’autres compartiments: •Paysages: implantées à proximité de lieux habités ou visités, ces zones de mouillageconcentreront un nombre important de navires de toutes tailles, ou accueilleront (pour les coffres) des méga-paquebotsde croisière. L’impact visuel pour les personnes à terre sera forcément marqué par la présence de ces navires. •conditions de navigation dans la zoneet sécurité des personnes: quelles règles de navigationseront-ellesappliquées dans ces zones de concentration de bateaux à l’arrêt? ces zones seront-ellesréservées au mouillage à l’exclusion d’autres activités(ce quireviendrait à une forme de privatisation de la mer au profitde ceux ayant les moyens de posséder ou louer un navire)? comment alors concilier ces nombreux mouillages avec la pratique d’autres activités nautiques? •qualité de l’eau et de l’air et leur répercussion sur la santé des populations. Certaines des zonesqui seront autorisées suivant les cartographies annexées aux arrêtés locauxsont très proches de portions du littoral très fortement urbanisée. Les populations résidentes et de touristes seront donc soumises, suivant les vents, à l’impact répété des polluants lors de la dispersion atmosphérique des émissions des bateauxconcentrés sur ces zones demouillage. Certes, la nouvelle réglementation depuis cette année imposepour les unités de fortstonnages l’utilisationdefuel réduisantles émissions d’oxydes de soufre (SOx)au mouillage, maiscomments’assurer durespect de cette nouvelle norme et quel système de contrôle de la qualité de l’air mettreen place pour évaluer l’impact des émissions atmosphériques sur les populations locales?D’autre part, comment s’assurer que les navires au mouillage n’auront pas d’impact sur les eaux et milieux aquatiques situés sous les coques? desconditions de cuves de récupération des eaux, de stockage des déchets à bordseront-ellesimposées dans les règlementdes zones de mouillage? comment sera contrôlée l’innocuité des bateaux?•Comment concilier les zones de mouillage autorisés avec des sites littoraux sous protection, tels que Port-Cros, Porquerolles…? Ces sites déjà très fréquentés pourraient voir un afflux encore grandissant de navires, en raison d’un effet report, et don un accroissement encore plus marqué des différents effets mentionnés ci-dessus.Nous connaissons la préoccupation qui la vôtre et celle de vos services quant à laprotection de l’environnement marin méditerranéen et ne doutons pas votre diligence pour l’application effective de ces arrêtés…et pour entamer la suite des réflexions.Nous vous assurons une nouvelle fois de notre intérêt et de notre soutien à toute politique qui permettra une plus grande protection dumilieumarin, et vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet Maritime, l’expression de notre haute considération.Gilles MARCEL,PrésidentFNE Provence Alpes Côte d’AzurVendredi 16 octobre 2020